Le Genévrier thurifère (Juniperus thurifera) au Maroc
 

2003: Bilan de l'incendie de la Montagne de Rié:

"Un joyau botanique en danger"

par Thierry Gauquelin, Professeur d’Ecologie à l’Université Paul Sabatier de Toulouse,

Laboratoire LADYBIO (UPS/CNRS)

 

Un joyau botanique pyrénéen peut-être gravement affaibli….

Le célèbre bois de Genévrier thurifère de la Montagne de Rié (Commune de Marignac, vallée de la Garonne, Pyrénées) a été parcouru par un grave incendie en août 2003, au plus fort de la canicule.
Un an après l’incendie, un bilan conduit par le Laboratoire Dynamique de la Biodiversité (CNRS/Université Paul Sabatier) et le Conservatoire Botanique Pyrénéen, en relation avec l’ONF, gestionnaire de la forêt, et la commune de Marignac, révèle que plus de la moitié des arbres de cette population a péri dans l’incendie provoqué par la foudre.
L’étude a été conduite sur la partie de la Montagne de Rié où les genévriers sont les seuls arbres à pousser, le sol étant trop squelettique pour permettre l’épanouissement d’arbres feuillus, comme les Chênes pubescents, que l’on trouve, dans les secteurs moins pentus, en mélange avec le Genévrier.
Dans ce secteur couvrant environ 2 hectares, entre 600 et 1000 m d’altitude, plus de 1500 arbres (l’effectif total est estimé à plus de 2500 arbres) ont été inventoriés et leur état précisément noté. Leur emplacement a été marqué sur une carte, en distinguant les différentes catégories d’arbres (morts, indemnes, au feuillage endommagé, etc)
Les résultats sont très préoccupants : La moitié des arbres (766) sont morts entièrement calcinés. 6% seulement (87 arbres) n’ont pas été touchés par l’incendie, et parmi les arbres dont le feuillage a été atteint, 457 n’ont pas, un an après, manifesté de signe de reprise. Ces arbres morts, même s’ils présentaient un diamètre relativement modeste, étaient d’ailleurs souvent relativement âgés (entre 80 et 200 ans). En effet la vitesse de croissance de ces arbres est très lente.
Une note d’espoir cependant; 14% des arbres (214 arbres) présentent des signes de reprise. Au niveau du tronc ou au milieu du feuillage desséché ou brûlé, de jeunes pousses vertes se sont développées à la fin du dernier printemps, prouvant que certains des arbres n’étaient pas morts et étaient capables de survivre à cet incendie. Il s’agit cependant pratiquement toujours d’arbres dont moins de 80% du feuillage avait été brûlé par l’incendie.
On peut aussi s’interroger sur le rôle des incendies dans la vie de ces forêts particulièrement originales.
Poussant dans des régions chaudes et sèches, le genévrier thurifère est souvent exposé aux incendies. Bien que responsables de la mort de nombreuses plantes, il est possible que ceux-ci aient également un rôle positif : élimination d’arbres concurrents moins résistants, aide à la germination des graines, diminution des populations d’insectes ravageurs etc…
A Rié, des incendies ont déjà dans le passé atteint la forêt. Celui de 2003 donnera aux chercheurs et aux gestionnaires la possibilité de mieux connaître ce rôle possible du feu, en observant régulièrement les arbres anciens et les éventuelles nouvelles plantules, et en étudiant les populations d’insectes qui vivent aux dépens des cônes du genévrier thurifère.
Arbre des régions méditerranéennes (Espagne, Maroc, Algérie), caractérisé par l’odeur exaltante de son bois et de son feuillage, le genévrier thurifère est très rare en France. On ne le rencontre qu’en Corse, dans les Alpes et les Pyrénées, où seuls deux boisements importants, dont celui de la Montagne de Rié, sont connus.
L’intérêt du peuplement de Genévrier thurifère de la Montagne de Rié a été officiellement reconnu puisqu’il bénéficie du statut de réserve biologique forestière, et, de plus, qu’il a été désigné, à l’échelle européenne, comme site Natura 2000, devant faire l’objet de mesures spéciales de conservation.
C’est dire toute l’attention que nous devons porter à cette forêt d’intérêt patrimonial majeur mais aussi particulièrement vulnérable en raison des conditions spécialement sèches qui y règnent.
L’évolution de cette population sera suivie de manière très précise dans les années à venir, par l’ONF, les chercheurs et le Conservatoire botanique et les mesures conservatoires les plus appropriées pour sa pérennité seront envisagées en concertation avec la commune propriétaire.

 

 

La thuriféraie après l'incendie.

 

 

Un début de reprise...

 

Voir aussi l'article de la Dépêche